Le citoyen dans la Grèce
Pnyx
Ve siècle avant J.C. -époque classique
Claude Mossé est la spécialiste de la démocratie en Grèce.

Claude Mossé, Le citoyen dans la Grèce antique, Nathan

Claude Mossé a consacré l’essentiel de son œuvre au thème de la vie politique en Grèce. Cette ouvrage permet donc de se faire une idée des connaissances sur ce sujet.

La cité grecque est, selon Aristote, une communauté de citoyens. En général, un citoyen est né d’un père citoyen jusqu’à un décret adopté en 451-450, à l’époque de Périclès. Ce décret redéfinit très largement la notion de citoyenneté puisque, d’après un recensement de 317, effectué par Démétrios de Phalère, le nombre des Athéniens a diminué de moitié passant d’une quarantaine de mille vers le milieu du Vème siècle à 21 000.
En outre, la citoyenneté est rarement accordée à des non athéniens ; seuls ceux qui ont mérité peuvent y accéder après confirmation de l’assemblée. À l’inverse, un citoyen condamné pour certains délits peut être privé d’honneurs (c’est l’atimie) tout en conservant son titre.
La femme vit dans l’étroite dépendance de son mari. À ce titre, son rôle de citoyenne est limité même si les femmes sont très présentes dans certaines fêtes religieuses. Dans l’Assemblée des femmes, Aristophane imagine justement que les femmes d’Athènes s’emparent du pouvoir pour établir un régime communiste.

L’évaluation du nombre de citoyens à Athènes est difficile à effectuer. Démétrios de Phalère fait état de 21 000 citoyens, 10 000 métèques et 400 000 esclaves. Thucydide nous parle des hoplites métèques avant la guerre du Péloponnèse (431-404) : il y aurait eu 13 000 citoyens, 5 500 métèques. Le nombre qui circule à l’époque de Périclès est de 40 000.
Clisthène (deuxième moitié du sixième siècle) intégra un certain nombre des étrangers à la communauté civique.

Le métèque est différent du xénos qui est lui un étranger de passage.
Le métèque doit par exemple payer une taxe, une sorte de taxe de résidence. Les métèques aisés sont également astreints au paiement d’un sixième de l’eisphora, impôt levé en temps de guerre. Ils participent d’ailleurs aux opérations militaires. En revanche, ils ne pouvaient ni posséder la terre, privilège des citoyens ni participer aux assemblées ni être juges.
Les esclaves étaient nombreux à Athènes, mais leur nombre augmenta de manière importante avec la suppression de la dépendance paysanne pour dettes par Solon et le développement de l’artisanat athénien et des échanges. Beaucoup d’esclaves venaient de Thrace, région limitrophe de la Grèce. Les esclaves étaient utilisés au sein de l’organisation familiale et partageaient parfois la table du maître ou ils travallaient à des tâches productives, sur de grands domaines.

A l’époque de Solon (640-558 avant J.C.), un classement des citoyens selon les revenus fut mis en place. Les derniers de ce classement, les thètes étaient exclus des magistratures mais gardaient le droit de participer aux tribunaux et à l’assemblée. À la veille de la guerre du Péloponnèse, sur 40 000 citoyens, la moitié étaient des thètes. Cette inégalité ancrée est renforcée par le fait que l’argent permet aux riches citoyens d’Athènes de faire traîner les affaires ou d’acheter des témoignages.
Clisthène fut lui à l’origine d’une élaboration nouvelle du statut civique. Le dème devint l’unité de base de cette répartition, le calendrier civique fut distingué du calendrier religieux de manière à rétablir une sorte d’égalité civique.

L’auteur remet en cause l’idée longtemps répandue d’un affaiblissement démocratique à partir du IVe siècle consécutivement à la guerre du Péloponnèse. À cette époque, les réunions se tiennent sur la colline de la Pnyx qui avait supplanté l’agora au Ve siècle. La présence aux séances de l’assemblée était rétribuée par un misthos de trois oboles. Pour siéger au tribunal de l’Héliée, 6 000 citoyens de plus de 30 ans étaient tirés au sort. De même, beaucoup de citoyens étaient impliqués dans le travail de la Boulé (500 membres). Parmi les magistratures, les stratèges sont de plus en plus éloignés des tribunes et sur les champs de bataille. Désormais, les magistrats les plus importants sont ceux qui s’occupent des affaires administratives et financières : Eubule et Lycurgue incarnent bien cette tendance.
Les débats deviennent au IVe siècle de plus en plus techniques, les fonctions se professionnalisent ; de ce fait le démos s’en remet dans une certaine mesure à une élite.

L’auteur développe tout un chapitre sur la guerre comme révélateur de l’organisation d’une société. Les thètes ont longtemps été exclus de la guerre réservée à une élite capable de se payer l’uniforme de l’hoplite. Dans les dernières années de la guerre du Péloponnèse, le mercenariat se développe pour éviter que les citoyens soient longtemps éloignés de la cité.
Le stratège gagne en notoriété en raison des services rendus à la cité même si le démos continue de contrôler leur action et, le cas échéant, de leur intenter un procès.

La défaite de Chéronée (338) face aux Macédoniens marque la fin de l’Athènes démocratique qui met cependant quelques années à renoncer à la démocratie. Un régime censitaire est imposé à l’époque d’Alexandre. Claude Mossé rejette l’image d’un siècle de déclin qui succéderait au Ve et dénie toute responsabilité au système démocratique dans cette chute finale.

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Ancient Greece
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