Le berger Paris choisit -parmi trois déesses- Aphrodite qu'il jugeait digne de recevoir la pomme d'or. Aphrodite lui offrit Hélène de Sparte qu'il enleva. Cela provoqua la guerre entre les Grecs et les Troyens. Ainsi commence l'Iliade.
HOMERE.
Les poèmes homériques étaient destinés sans doute à des hommes riches et puissants. Homère était un poète grec, un aède. Ses textes furent lus après lui par des rhapsodes sur l'île de Chios. Ion par exemple vivait sans doute dans la compagnie d'Homère et connaissait ses poèmes par coeur.
LE TEXTE.
Ces textes ne furent imprimés pour la première fois qu'en 1488, à Florence en Italie. Les rares associations qui sont faites avec l'écriture dans le texte d'Homère lient l'écriture à la mort. Ainsi au chant VI de l'Iliade, le héros troyen Glaucos raconte l'histoire de son aïeul Bellérophon qui a été envoyé auprès du roi de Lycie avec un message de mort.
L'écriture se répand chez les Grecs aux environs de 900 avant J.C. avec l'emprunt de l'alphabet Phénicien.
De la même manière, la division connue du texte en chants ne date que du IIIe siècle avant notre ère, c'est-à-dire de l'époque alexandrine. Les 26 000 vers ont une forme nommée "hexamètre dactyle" ; six mesures avec une syllabe longue et une syllabe courte (dactyle). Le texte se présentait dans l'antiquité sous la forme de rouleaux appelés volumina en latin : on utilisait généralement les services d'un esclave pour les dérouler. Le support des volumes était un parchemin ou un papyrus. Des fragments de papyrus ont été retrouvés en Egypte. Avec le codex c'est-à-dire le volume broché, à partir du IIIe siècle de notre ère, le mode de conservation et de lecture s'améliore.
GEOGRAPHIE ET DATATION.
La Troie de l'Iliade est le plus souvent appelée Ilion. Elle devint ensuite Hissarlik. La Troie de l'époque de la guerre serait la Troie VII A puisque les fouilles sur le site ont révélé la superposition de plusieurs cités d'époques différentes. Il s'agit alors d'une cité d'importance médiocre. C'est pourquoi l'auteur dit dans une formule péremptoire : "Il est aussi raisonnable de chercher la Troie d'Homère à Troie que d'espérer retrouver le cor de Roland à Roncevaux".
Les événements relatés dans Homère serait à dater de l'époque dite mycénienne laquelle s'achève vers 1200 avant J.C. au moment de l'invasion des peuples de la mer, par exemple des Philistins. Pourtant la société royale de cette époque n'est pas présente dans l'Iliade. Nous n'avons que le tableau d'une armée en campagne et rien sur les grands palais.
L'Odyssée pose le problème des lieux géographiques : l'île des Phéaciens serait l'actuelle Corfou ; l'île ionienne de Thiaki serait Ithaque. Homère mélange en fait un monde réel et un monde imaginaire.
LES TROYENS.
Le mot "barbare" n'est guère utilisé chez Homère. Ainsi les Troyens ne sont pas des Barbares puisqu'ils vénèrent les mêmes dieux et font, comme les Grecs, des sacrifices. Le sens premier du mot "barbare" désigne : "celui qui ne parle pas le grec". Il ne s'agit donc pas d'un critère de race. L'Hellade désigne chez Homère une partie de la Thessalie, au centre nord de la Grèce continentale, il ne désigne pas tous les Grecs. Pour Homère, ce qui différencie les Grecs des Troyens est la conscience chez ces derniers de vivre une tragédie puisque leur destin est de faillir. Tout lecteur du poème homérique sait que Troie est vouée à la mort de même que "vous savez quand vous lisez un récit sur la bataille de Waterloo que Napoléon sera vaincu". La plupart des événements qui entraînent la mort dans l'Iliade ont la forme d'une aresteia, une série d'exploits au cours desquels les guerriers acquièrent une force surhumaine tel Achille face à Patrocle.
DIEUX, FEMMES ET EPHEBES.
Les dieux jouent un rôle important dans les poèmes homériques : "Aphrodite est la mère d'Enée ; elle a séduit Anchise, cousin de Priam ; elle doit de plus à Pâris-Alexandre d'avoir recu la pomme qui désigne la plus belle ; face à Athéna et à Héra".
Le récit n'est lié à aucune orthodoxie ; Homère peut plaisanter avec les dieux. La femme est aussi présente dans le récit : c'est elle qui motive l'action d'Ulysse lorsqu'il revient à Ithaque pour retrouver Pénélope ; Nausicaa découvre Ulysse nu et pense au mariage ; la vieille nourrice d'Ulysse le reconnaît à la cicatrice qu'il porte au genou ; blessure qui date d'une chasse au sanglier où Ulysse a été blessé.
Des éphèbes initiés au monde des adultes traversent l'univers d'Homère comme Télémaque qui refonde la cité en convoquant l'assemblée et la cité. Pâris est lui un personnage très féminin, une sorte "d'éphèbe inachevé".
LA SOCIETE.
Le personnage d'Agamemnon campe un roi, affublé de son arme symbolique le sceptre comme le révèle son propos au chant II de l'Iliade : "il tient le sceptre que jadis a oeuvré le labeur d'Héphaïstos. Celui-ci l'a remis à Sire Zeus, fils de Cronos. Zeus alors l'a remis au messager éblouissant. Sire Hermès l'a remis à Pélops, piqueur de cavales. A son tour Pélops l'a remis à Atrée, le pasteur d'hommes. Atrée mourant l'a laissé à Thyeste riche en troupeaux. Et Thyeste, à son tour, le laisse aux mains d'Agamemnon, désigné pour régner sur d'innombrables îles et l'Argolide entière."
Agamemnon est en outre un pasteur d'hommes et les Troyens sont des dompteurs de chevaux. Par leur biais et en bien d'autres occasions, le monde des champs est évoqué par Homère. Du roi jusqu'aux classes les plus basses, esclaves et thètes, le pas est vite franchi :
"Ne cherche pas à m'adoucir la mort, noble Ulysse, J'aimerais mieux être sur terre un thète au service d'un paysan, fut-il sans patrimoine et sans ressource, plutôt que de régner ici parmi les ombres concumées"
Les thètes fournirent à Athènes l'essentiel des rameurs et faisaient effectivement partie des plus viles classes. Les artisans sont bien représentés par le dieu-forgeron Héphaïstos qui fabrique le bouclier d'Achille.
POESIE.
Homère est celui qui invente le monologue intérieur ; par exemple lorsque Hector fait le tour des remparts avant d'affronter en un ultime combat son ennemi. L'Iliade est le commencement de la poésie épique même si on peut supposer que d'autres textes ont été écrits avant. L'Odyssée est à l'origine de la comédie ou du drame satyrique. Le récit d'aventure découle aussi tout droit de l'Odyssée.
EN GUISE DE CONCLUSION
Laissons à l'auteur le soin de conclure en faisant un audacieux parallèle avec l'époque contemporaine :
"Le Kosovo est une plaine habitée principalement par des Albanais, mais qui joue un rôle important dans l'imaginaire du peuple serbe, et on a pu encore le vérifier au printemps 1999. Dans cette plaine, une armée de chrétiens serbes et albanais, dirigée par le prince serbe Lazare, s'est heurtée en 1389, au lieu dit "le Champ des Merles", à une armée turque ottomane commandée par le sultan Mourad. Les deux chefs d'armée furent tués, mais les Turcs furent vainqueurs. Or, cette bataille a donné naissance à une tradition épique. Des bardes serbes, dans les cafés de la région de Novi Pazar, récitaient des vers par milliers et connaissaient par coeur de gigantesques épopées mettant en scène les combats entre Serbes et Ottomans, et notamment la bataille du "Champ des Merles". Ces poètes étaient illétrés. L'un d'eux, ô merveille, était même aveugle. De plus, quand on leur apprenait à lire, ils perdaient leurs facultés poétiques."
D'après Pierre Vidal-Naquet, Le monde d'Homère, Perrin
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