Jean-Nicolas Corvisier, Philippe II de Macédoine, Fayard
Rédiger une biographie de Philippe II de Macédoine relève de la gageure dans la mesure où les sources sont très tenues. Un unique texte est resté des courriers diplomatiques du roi. Pour contrebalancer les textes contemporains de Philippe II, l'auteur puise donc dans des écrits très postérieurs qui sont sujets nécessairement à caution :
du côté des contemporains très critiques, dans ceux Théopompe, historien de Chios et, du côté des historiens plus tardifs, des auteurs du IIIe siècle, Elien ou Plutarque. Diodore décrit minutieusement les batailles. Démosthène fait preuve d'une grande mauvaise foi. Plutarque est beaucoup plus favorable. L'image de Philippe s'est globalement redressée à l'époque romaine.
Il est par exemple très difficile de décrire le système de gouvernement de Philippe et ses choix politiques. Si bien que l'auteur consacre l'essentiel du livre à décrire avec force détails les conquêtes de Philippe. Pour consulter des cartes et situer les très nombreux lieux cités, il faut sans cesse se référer aux documents de la fin du livre. Nous sommes donc immergés dans le registre de l'histoire-bataille où le livre s'enlise quand bien même il s'en garde. En appendice, Corvisier rédige un article sur Vergina qui serait le tombeau de Philippe. Il montre qu'une des tombe découverte en 1976 pourrait en effet bien être celle du roi mais penche plutôt pour Philippe III en raison par exemple de la présence d'un diadème, objet attesté comme symbole royal bien après Philippe II.
L'entreprise de jean-Nicolas Corvisier consiste aussi à remettre en cause les idées reçues ; celles qui présentent Philippe comme le roi à l'origine de la conquête de toute la Grèce et qui s'apprêtait à conquérir la Perse avant de succomber (Il est poignardé par un jeune Macédonien dénommé Pausanias. L'assassin est à son tour tué pour son crime).
Epoux d'Olympias, on le présente également comme borgne et ivrogne. Or Corvisier écrit que s'il pouvait boire plus que de raison lors de banquets, Philippe ne perdait généralement pas le sens de la mesure. Il écrit également que Philippe est capable de maîtriser ses passions. L'auteur montre aussi que, par sa proximité, Philippe était proche de ses soldats. Il savait enfin se montrer "cynique, calculateur, bon orateur et brave jusqu'à la témérité...". Physiquement, l'ignorance est grande. On sait qu'il se blessa à de nombreuses reprises (il était de ce fait boiteux et borgne). Il existe bien un buste de marbre: "le roi y est encore jeune, ses cheveux nimbent largement sa tête sur le dessus, il porte la barbe et la moustache...". Il a pratiqué la polygamie mais se maria en 337 avec Olympias puis avec Cléopâtre, fille d'un de ses généraux, dont il eut une fille nommée Europe. Sa première femme, infidèle, semble avoir été répudiée. Les sources attribuent à Philippe six enfants sans certitude sur ce point. C'est lui qui fit venir Aristote pour assurer la formation de son fils, le futur Alexandre le Grand.
La Grèce aurait à cette époque entre 3 et 4 millions d'habitants. Au moment de l'avènement de Philippe, Sparte et Athènes se font la guerre pour la suprématie de la péninsule. Athènes reste une cité importante qui compte entre 21 000 et 30 000 citoyens et 10 000 métèques ; elle a reconstitué son empire tout en laissant une grande autonomie à ses colonies. La ville est dirigée par la boulé et l'ecclésia. Les magistrats n'ont qu'un rôle exécutif. La vie politique se partage entre différentes tendances. Indemnisé de sa participation par le misthos, le citoyen peut porter devant les tribunaux un orateur.
Décidément adepte d'un certain classicisme dans la construction de son livre, l'auteur introduit le propos par une description géographique de la Macédoine, région montagneuse, puis par des éléments sur la vie politique et sociale. Il nous explique que les ressources limitées contraignent la plupart des hommes à pratiquer une petite polyculture. A cette richesse s'ajoute le bois, le blé tandis que le sous-sol regorge de métaux précieux. Politiquement, l'ethnos est l'entité politique, communauté tribale, rurale ou urbaine. Quelques spécialités locales sont décrites dans le livre ("deux danses macédoniennes sont attestées par la tradition. La karpaia, cette danse que Xenophon tient pour caractéristique des Magnètes et des Aenianes, peuples montagnards voisins et dépendants des Théssaliens, était aussi pratiqué des Macédoniens. Elle mimait la lutte entre un laboureur qui cherche à sauver ses boeufs et un brigand qui veut les enlever") ; des rites de passage de l'adolescence vers l'âge adulte (la cryptie, temps d'isolement pour l'adolescent).
Les villes sont plutôt petites. La monarchie est héréditaire. Elle est soutenue par une noblesse qui sait aussi manifester son opposition (les très nombreux assassinats de rois macédoniens le démontrent). Les fonctions du roi sont multiples ; il est notamment un grand prêtre.
Qui est Philippe II ?
Troisième fils d'Amyntas III et d'Eurydice, fille de Sirra, qui était un prince illyrien, né en 382 ou 383, il reçoit une éducation soignée. Lorsque Perdiccas trouve la mort, Philippe administrait une région pour le compte de son frère. Or Perdiccas a un fils. Nous ne savons pas pourquoi ce n'est pas lui qui arrive sur le trône. L'auteur imagine un partage du pouvoir entre Philippe et le fils de Perdiccas au moins dans un premier temps.
Au plan militaire, les effectifs de l'armée augmentent et la fonction de chacun se précise : les peltastes fantassins sont aidés par des corps particuliers de javelotiers, archers, frondeurs tandis que la cavalerie reprend de l'importance. L'arme de prédilection de la phalange est la sarisse, une longue pique de 6 mètres. L'armement défensif du fantassin macédonien est donc relativement léger. La sarisse, tenue à deux mains oblige le fantassin à utiliser un bouclier tenu par une courroie. La courte épée est attachée à la ceinture. Le souverain a utilisé des mercenaires pour compléter les effectifs de son armée. La poliorcétique est la grande stratégie d'attaque de l'adversaire ; on cherche à faire une brèche dans les murs avec sape, bélier et artillerie puis à les gravir sur des échelles.
Philippe s'est entouré de stratèges de confiance tel Antipatros. La discipline est un des secret de la réussite de son armée.
Par exemple, la bataille de Chéronée est une grande bataille rangée où s'affrontent 30 000 fantassins et 2 000 cavaliers du côté macédonien.
Lorsque Philippe monte sur le trône, les rois qui l'ont précédé ont pour la plupart été assassinés.
Il y accède à la suite d'un désastre militaire contre les Thessaliens qui a vu la mort de Perdiccas III et de 4 000 Macédoniens. En 359 et 358, Philippe pénètre en Illyrie (nord) puis attaque les Péoniens. En 355 et 354, il met le siège devant Méthonée. Philippe intervient en Thessalie à l'automne 354 ; il tire des revenus des ports des mines ; il puise des revenus des tribus.
Les campagnes
En 342, Philippe mène campagne en Thrace. En 349, c'est au tour de la Chalcidique (est) ; Olynthe est détruite.
La rencontre décisive pour la domination du monde grec se fait à Chéronée en août 338.
Après toute ces conquêtes, le but du roi est d'unir la Grèce : la multiplication des fouilles archéologiques et la numismatique apportent des preuves de la réussite de cette entreprise. Le IVe siècle a été une période d'essor urbain. Les critères de la citoyenneté s'étendent. Les magistratures s'ouvrent. Philippe impose la proskynèse à ses sujets.
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