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F Weil, Histoire de New-York, Fayard

Le livre de François Weil est un travail intéressant et complet mais dénué de véritable problématique et -de ce fait- parfois confus. Le plan semble chronologique bien que -surtout au début du livre- l’auteur revienne à plusieurs reprises sur les mêmes sujets. Ainsi il est question de Peter Stuyvesant à l’occasion de la création de Wall Street, alors que sa biographie ne figure que quelques pages plus loin. Le pont de Brooklyn est aussi évoqué plusieurs fois. Le plan chronologique découpé en grandes époques oblige à revenir sur les thèmes récurrents (transports, croissance, migrations...). On y trouvera cependant l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur la ville.
C'est l'Anglais Hudson qui le premier explore la région de Manhattan en naviguant au large ; nous sommes en 1609. Il y décrit un pays de cocagne, une riche vallée giboyeuse. En 1620, les premiers colons traversent l'Atlantique depuis la Hollande à la recherche d'une terre qui leur permette de pratiquer librement leur religion protestante. L'ingénieur Cryn Fredericks commence la construction de Fort Amsterdam en 1626. La terre est symboliquement achetée aux Indiens pour une valeur de soixante florins. Elle est protégée à l'initiative de Stuyvesant par la création d'un mur. Fils de pasteur, Pieter Stuyvesant s'est enrichi dans le commerce avec sa patrie les Provinces-Unies. Il est choisi comme directeur de la Nouvelle-Hollande, poste à la tête duquel il restera 17 années.
La Nouvelle-Amsterdam est alors idéalement située à la croisée des routes commerciales. Les échanges sont stimulés : "ce pays fait un large commerce de fourrures, particulièrement de castor, qui nous sont vendues par les sauvages par milliers, en échange des marchandises hollandaises. Tout le monde ici en fait commerce" note un observateur en 1654. Si bien que le port est déjà prospère lorsque les Anglais s'en emparent en 1664. Charles II fait en effet don à son frère Jacques, duc d'York et d'Albany, héritier de la couronne, de toutes les terres situées entre la Virginie et la Nouvelle-Angleterre, sur lesquelles les Hollandais n'ont à ses yeux aucun droit.
A la fin du siècle, New York est également devenu un port d'attache de l'interlope, voire un refuge de pirates. En 1737, la ville n'a encore que 10 000 habitants et Boston demeure le principal port et la plus grande des colonies. New-York entre progressivement en révolution contre l'Angleterre dès les années 1760 et 1770. Après l'indépendance, elle devient la capitale des États-Unis. Le 21 septembre 1776, la ville est incendiée, catastrophe qui provoque la destruction de 500 maisons. En 1777, sous la pression de Jefferson, Philadelphie puis Washington lui ravissent la distinction de capitale. Depuis 1665, la ville dispose cependant d'un maire et d'un Conseil municipal. La croissance de la ville et de la région est soutenue. Entre 1740 et 1780, la province passe de 49 000 à 211 000 habitants. Des Écossais arrivent nombreux en 1760. Le trafic des esclaves est important ; leur émancipation est lente. Le territoire s'étend aux dépens des Indiens iroquois qui cèdent la totalité de leurs terres.
La ville se dote d'un plan cohérent de développement en 1811 dans lequel chaque îlot mesure environ 70 mètres sur 200 à 300 mètres ; divisé en 50 à 70 parcelles de 8 mètres sur 30. Déjà, "L'avenue du milieu, la Fifth avenue, sert d'épine dorsale à cette sole gigantesque. D'un côté, c'est "west", de l'autre, c'est "east". La première rue commence au sud, côté océan, la dernière est au nord, côté continent. Tout est réglé désormais." (Le Corbusier dans les années 30).
Les transports se modernisent en même temps que la ville croît : la navigation à vapeur introduite en 1807 par le Français Fulton dans les eaux de l'Hudson ; l'ouverture en 1825 d'un canal reliant le lac Erié à la vallée de l'Hudson ; la circulation du chemin de fer dès le milieu des années 1830. Les navires à vapeur prennent peu à peu la place des paquebots à voile. Dans le port de la ville, dans les années 1850 puis 1870 et 1880, à la Porte de l'Enfer au confluent de l'East River, du détroit de Long Island et de la rivière de Harlem, les écueils qui rendent dangereux la navigation sont dynamités.
À l'intérieur de la ville, les activités sont compartimentées : Broadway voit par exemple fleurir les magasins. Plus tard, l'avenue se dote d'attractions comme le cirque Barnum du nom de son fondateur qui a fait ses débuts en 1835 en présentant au public une femme prétendument âgée de 160 ans et qui aurait été la nourrice de George Washington. La bourse des valeurs est ouverte le 8 mars 1817 sous le nom de New York Stock Exchange and Board dans Wall Street. Le secteur manufacturier s'étend également. Au XIXe siècle, New York voit sa population décupler : elle passe de 220 000 habitants en 1830 à 2,5 millions en 1890 (7,5 millions en 1940). Le médecin Asa Greene peint alors la ville ainsi :
"
une très grande ville, une ville très populeuse, une ville très chère, une ville très pauvre en hôtels, une ville remarquablement religieuse, une ville grouillant hélas d'hommes de loi et de médecins, une ville étonnamment journalistique, une ville administrée assez bizarrement, une ville extraordinairement pauvre en eau, une ville considérablement riche en rhum, une ville très portée sur les incendies, une ville assez raisonnablement fournie en impostures, et qui plus est, une ville abondant modérément en rues puantes, en coquins, en dandys, en émeutes, et bien d'autres choses encore..."
Brooklyn devient à ce moment le dortoir de la ville. Les transports urbains continuent de se transformer : la première ligne de chemin de fer de New York à Harlem est ouverte en 1832, les premiers hippomobiles entrent en fonction des les années 20, deux tunnels sont percés sous Broadway, le métro aérien (el) est inauguré dès les années 1880, le pont de Brooklyn achevé en 1883. L'approvisionnement de la ville en eau est amélioré grâce à un aqueduc long d'une soixantaine de kilomètres à deux réservoirs, rempli de l'eau de la rivière Croton. Le projet d'un parc est adopté sous l'égide du paysagiste Frederick Law Olmsted. Les quartiers populaires se sont dotés d'immeubles caractéristiques appelés tenements : hauts de 5 étages, sur des parcelles de 8 mètres sur 30, les appartements y sont sombres, mal aérés, sans eau courante, avec des pièces en enfilade comme les compartiments d'un wagon. Le plus célèbre est Gotham Courts construit en 1850 sur Cherry Street. Dans Manhattan, les classes populaires logent dans la Bowery ou Five Points. Le journaliste Jacob Riis critique les conditions de vie des New-Yorkais dans ces quartiers. Horatio Alger s'empare dans ses romans de cette misère pour se faire le chantre de l'idéologie américaine de la réussite : "J'espère, mon garçon, que tu vas réussir et t'élever dans le monde. Tu sais que dans ce pays de liberté naître pauvre n'est pas un frein au succès".
L'immigration continue de peupler la ville : "En 1840, environ le tiers des New-Yorkais sont nés à l'étranger, plus de la moitié en 1855, encore quatre sur dix entre 1860 et 1890. Entre 1820 et 1890, environ 10 millions d'étrangers débarquent. Ils logent dans les pensions du quai puis s'implantent dans la ville. Les Français sont 5 000 en 1850 et le double en 1875. Le nombre des ouvriers augmente également et les inégalités se creusent puisque moins de 5 % possèdent les deux tiers des richesses en 1845. Cette situation sociale engendre des émeutes qui éclatent sporadiquement dans la ville ; en 1863 par exemple même si le véritable problème est la conscription pour les armées de la guerre de Sécession ; les cinq jours d'affrontement sont les pires violences que la ville a connu. Selon l'auteur, le nombre des victimes approche une centaine. François Weill parle notamment des violences à l'encontre des noirs et de l'attaque du journal "La Tribune". En 1857, un gang irlandais de Mulberry Street (les lapins morts) s'en prend à ses rivaux traditionnels : "les gars de la Bowery". L'affrontement fait une douzaine de morts. Ces deux événements ont été reconstitués dans le film de Martin Scorcese "Gangs of New York". Le cinéaste, lui même d'origine italienne, veut démontrer que la ville est alors sous l'emprise de politiciens verreux qui instrumentalisent les phénomènes de bandes et cherchent par tous les moyens à recueillir des suffrages.
Le droit de vote pour l'élection du maire s'élargit : le suffrage est universel à partir de 1834 et les restrictions censitaires sont levées sauf pour les noirs.
A la fin du siècle et au début du suivant, la mutation de la ville s'amplifie. Les gratte-ciel sortent de terre. Ils rentabilisent l'occupation du sol. Pour le Français Le Corbusier : "Le gratte-ciel d'ici n'est pas un élément urbanistique mais une bannière dans l'azur, une fusée de feu d'artifice, une aigrette sur la coiffure d'un nom désormais classé dans le Gotha de l'argent". Le plus célèbre d'entre eux : l'Empire State Building reste longtemps aux trois quarts vide. Les deux tours du World Trade Center de plus de cent étages ne sont ouvertes qu'en 1970. La ville s'industrialise en se dotant d'une ceinture industrielle (Newark, Elisabeth et Jersey City, Brooklyn et Queens). A Manhattan, la principale activité est la confection. Les ouvriers travaillent dans des immeubles appelés lofts. Les "cols blancs" sont aussi près de 500 000 à New York dès 1930, la ville se tertiarise.
Au XXe siècle, les hippomobiles sont remplacées par des tramways à traction par câble ; le trolley est le principal moyen de transport. El se convertit à l'électricité. Le pont de Brooklyn est maintenant flanqué des ponts de Williamsburg, Manhattan et Queensborough ; "les liaisons routières avec le New Jersey sont rendues possible par le percement du tunnel Holland (1927) et la construction du pont George Washington, lequel facilite le trafic routier entre la Nouvelle-Angleterre, la région new-yorkaise et la Pennsylvanie". A la fin du siècle, la ville compte trois aéroports internationaux : Newark, La Guardia et JFK.
Les immigrants continuent d'arriver. Le Slovène Louis Adalmic raconte l'arrivée dans le port et l'espoir suscité par les premières visions de la "terre promise" : "Ils se pressent contre les rambardes, tournant et tendant le cou pour pouvoir jeter un coup d'oeil sur ce nouveau pays, sur la ville ; hissant leurs enfants, même les bébés, afin qu'ils puissent voir la statue de la Liberté ; des femmes pleurent de joie, des hommes tombent à genoux en action de grâce et des enfants hurlent, pleurent, dansent..."
C'est au début du siècle que des Portoricains viennent s'installer ; c'est à cette époque que les Noirs se déplacent vers le Nord (New York qui comptait 61 000 noirs en 1900 en compte 460 000 en 1940 et plus d'un million ensuite alors que la population stagne et que les blancs quittent le centre pour loger dans les banlieues). L'ancienne "Petite Allemagne" devient un quartier à dominante juive (Lower East Side). L'ancien quartier irlandais du quatorzième district devient la "Nouvelle Italie". Les ghettos (formulation des sociologues de l'école de Chicago) se créent lentement. Ainsi la population de Harlem change lorsque la crise du marché immobilier local incite les promoteurs à accueillir plusieurs familles dans les appartements. Harlem devient selon Jean Cocteau : "la chaudière de la machine et de sa jeunesse noire qui trépigne, le charbon qui l'alimente et qui imprime le mouvement". En 1970, New York compte 7,9 millions d'habitants dont 63 % de Blancs, 19 % de Noirs, 16 % de Latinos, 1 % d'Asiatiques. Vingt ans plus tard, parmi les 73 millions de résidents, il y a 43 % de Blancs, 26 % de Noirs (dont un tiers d'étrangers), 24,5 % de Latino-Américains (dont une moitié de Portoricains) et 6,5 % d'Asiatiques. La pauvreté gagne du terrain. L'été 1964 une émeute dans Harlem donne le pouls de la capitale.
Les parcs d'attractions et les plages de la presqu'île de Coney Island, au sud de Brooklyn sont les premières formes de loisirs de masse. Steeplechase ouvre ses portes en 1897 ; Luna Park en 1903 et Dreamland en 1904. Times Square devient le coeur de la vie à New York. New York est le centre du journalisme américain. Les suffragettes manifestent et obtiennent le droit de vote pour les femmes en 1920 (19ème amendement de la Constitution). Le parti communiste prospère dans les années 20 : un communiste est même élu au Conseil municipal. En 1929 s'ouvre le MOMA, museum consacré à l'art moderne. Le déclin industriel relatif de la ville s'amorce après la seconde guerre mondiale alors que paradoxalement la puissance des Etats-Unis se renforce : "sur les 500 premières entreprises industrielles américaines classées par le magazine Fortune, 136 ont leur siège à New York en 1956, 125 en 1969 et 80 en 1977.

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Site Yann Arthus Bertrand (photo ci-dessus)
Site officiel de la ville de New-York
Musée de la ville de New-York