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Bruno Ganz

Mémoire et enseignement

Annette Wievioka dans Auschwitz, 60 ans après tente une synthèse des connaissances sur le premier camp de la mort. Son dessein est de rendre Auschwitz à l'histoire car l'auteur pense que les visites du camp, notamment celle des lycéens, telles qu'elles sont aujourd'hui menées, ne permettent pas aux enfants de mieux comprendre : "il n'y a rien à voir à Auschwitz-Birkenau si on ne sait ce qu'il y a à voir" affirme-t-elle.

Le camp a été découvert par les troupes soviétiques. Sa libération n'était donc pas un but de guerre de l'armée rouge. Les Soviétiques ont été les premiers à construire une histoire d'Auuschwitz et cette histoire ne mentionne pas le peuple juif comme principale victime. Le nombre des victimes est quadruplé par rapport aux chiffres admis aujourd'hui par les spécialistes de la question.

Oswiecim, le nom polonais d'Auschwitz, a été une ville frontière, une ville par laquelle a transité nombre de migrants au XIXe siècle. Au début de la guerre, Rudolf Höss est celui qui propose à Himmler de faire de ce lieu un camp de concentration. Il en devient le chef. Höss est un personnage fascinant. Il a laissé des mémoires dans lesquelles il décrit avec une précision clinique sa direction du camp. Il ne semble éprouver aucun remord.

Les premiers internés sont des Polonais, des prisonniers politiques et des juifs polonais ; à ce groupe s'ajoute des criminels, des asociaux, des homosexuels, des tsiganes, des Témoins de Jehovah, des prisonniers de guerre. A partir de 1942, le camp devient essentiellement celui de la mise en oeuvre de la solution finale visant à exterminer les juifs. Les femmes ne sont internées qu'à partir du printemps 1942. Elles sont regroupées à Birkenau qui est dans le système concentrationnaire Auschwitz-Birkenau le camp d'extermination.

Höss raconte dans son livre sa rencontre avec Himmler et cet instant fatidique où ce dernier lui annonce la mise en oeuvre de la solution finale, un terme utilisé par les nazis dès 1939. Après la conférence de Wannsee, des juifs commencent à arriver en masse.

Les sources visuelles susceptibles de décrire la vie quotidienne dans le camp sont rares. On connait les installations, les baraques en brique où sont entassés les détenus puis celles construites en bois pour faire face à l'augmentation des effectifs, les latrines collectives et bien peu hygiéniques. Il est possible de retrouver les différentes étapes du processus de négation de la personne humaine : la confiscation des valeurs et leur trafic (les dents en or sont par exemple arrachées, les vêtements revendus ou distribués), la nudité, le rasage de tous les poils. le tatouage après le voyage dans des wagons à bestiaux, l'arrivée au camp, le bruit, la nuit, les chiens qui aboient, les hurlements des SS, les déchirantes séparations des familles entre ceux qui vont se tuer au travail et ceux qui sont condamnés au gazage.

Plus anecdotique mais non moins attérant est le récit, fait au sujet de la spoliation des biens des juifs, qui raconte comment une partie de la population polonaise s'est livrée à un véritable pillage du camp après la guerre.

Nous avons oublié aussi comment la mémoire d'Auschwitz a été confisquée par les Soviétiques qui ont préféré attirer l'attention sur la déportation résistante et taire la spécificité du génocide des juifs. Ainsi, à Nuremberg, c'est Marie-Claude Vaillant Couturier qui témoigne alors qu'elle fait partie d'un convoi énigmatique de déportés politiques à Auschwitz.

Sur le révisionnisme

Ce mois de janvier 2005 est marqué par la commémoration de la libération d’Auschwitz par les Soviétiques. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur ce que furent l’univers concentrationnaire nazi et son plus grand centre d’extermination à travers le travail précis de certains historiens. L'histoire de la Shoah est d'abord l'histoire d'indicibles souffrances. Lire les témoignages devient alors indispensable pour comprendre les douleurs endurées par les survivants.

Le discours révisionniste est notamment fondé sur l’idée qu’il est techniquement impossible de tuer autant de personnes en si peu de temps. Or, aux témoignages des survivants, aux procès médiatisés tel celui d’Eichmann se sont ajoutés des recherches de plus en plus pointues sur les procédés utilisés. L’histoire du génocide des juifs a en effet manqué de sources pendant longtemps, en tout cas pour les historiens occidentaux dans la mesure où se sont les Soviétiques qui détenaient la plupart des documents.
Les révisionnistes se sont en outre engouffrés dans les contradictions de certains témoignages.
Le lecteur attentif pouvait par exemple lire que les procédés utilisés pour gazer les détenus étaient partout les mêmes. Dans le même genre d’idée, contrairement à ce qui était affirmé ça et là, la chambre à gaz de Dachau n’a jamais fonctionné.
En revanche, en ce qui concerne les témoignages des survivants d’Auschwitz, comme ils se comptent par milliers et qu’ils se recoupent, il devient difficile de nier l’évidence.
Parmi ces témoignages, il reste ceux, peu nombreux, des membres des Sonderkommando, ces Juifs contraints de vider les chambres et qui furent exterminés dès janvier 1945 lorsque Himmler décida d’interrompre l’extermination et de détruire les preuves. Quatre photos furent notamment prises clandestinement par un membre du Sonderkommando depuis l’intérieur d’une chambre à gaz du crématoire V de Birkenau.
En ce qui concerne les sources écrites, les historiens disposent de 50 000 pièces écrites qui ont été principalement rédigées lorsque le camp se construisit ou se transforma ; la plupart de ces documents consistent en échanges avec les fournisseurs.

Le rôle de la conférence de Wannsee dans la décision de la mise en œuvre de la solution finale semble se confirmer par la construction début 1942 de deux nouveaux crématoires. Le procès-verbal de cette conférence, rédigé par Eichmann, fait référence à l’élimination physique, selon des méthodes qui ne sont pas précisées, de tous les Juifs incapables de travailler. Les mémoires de Rudolph Höss, commandant d’Auschwitz, font également référence à un tête-à-tête avec Himmler au cour duquel il est chargé comme SS d’exécuter un ordre du Führer de mettre en œuvre la solution finale (voir plus haut).

La nature de certains locaux à Auschwitz utilisés pour le gazage est confirmée par de nombreuses sources nazies : le chef de la Bauleitung qui, dans une lettre à son supérieur, désigne la morgue 1 du crématoire II de « cave à gazage ». D’autres archives montrent que ces salles ont été étanchéisées, les salles prévues pour le déshabillage, ventilées. Le 31 mars, Kirschneck, un sous-lieutenant SS de la Bauleitung rappelle que la morgue 1 du crématoire II est équipée d’une porte étanche au gaz avec œilleton de verre épais de huit millimètres et que celle du III doit recevoir le même équipement. La décision de chauffer certaines salles proches des crématoires est également un élément s’ajoutant aux autres. Le Ziklon B est en effet un insecticide : l’acide cyanhydrique, absorbé par des granules de silice se vaporise à la température de 27°.
Autres éléments qu’apportent ce type d’archives : les caractéristiques de la ventilation des chambres à gaz, la nature ou le modèle des souffleries, leur disposition, la puissance des moteurs utilisés, la section des conduits, les cubages horaires d’air…
L’argument du faible rendement des fours crématoires Topf est complètement démenti par les archives de l’entreprise, aujourd’hui rendues publiques. Une note interne donne une idée du rendement potentiel des crématoires atteint dès 1942.
Une lettre de la Topf du 2 mars 1943 mentionne des détecteurs de gaz demandés par les SS pour déceler les traces d’acide cyanhydrique contenu dans le Zyklon B.

Le premier gazage homicide a tué en décembre 1941, dans le sous-sol du block 11, 1 250 non juifs tuberculeux et 300 commissaires soviétiques. Mais comme il y eut des problèmes d’aération, les nazis aménagèrent en mai et juin 1942, deux autres sites, nommés Bunker I et II, situés dans les bois de bouleaux au nord du camp. Pour augmenter le rendement, il fut également construit trois autres fours à forte capacité aménagés en sous-sol en chambres à gaz (voir plus haut).

Parmi les révisionnistes les plus connus, le cas Rassinier est intéressant : ancien communiste, déporté à Buchenwald, il écrit à la libération plusieurs ouvrages pour dénoncer ce qu’il appelle : « les mensonges de la litterature concentrationnaire ». Le révisionnisme se nourrit à la fois de l’antisémitisme et d’un antisoviétisme tel qu’il relativise Auschwitz par comparaison avec les crimes de Staline. Rassinier appartient clairement à cette mouvance antisémite. Intéressant de voir aussi que les révisionnistes se positionnent le plus souvent à l’extrême-droite laquelle, à travers par exemple le Front National, reprend parfois certaines de ces thèses.

A lire notamment :
J.-C. Pressac, les crématoires d’Auschwitz, Paris, CNRS, 1993
(l'auteur est controversé dans la mesure où son approche est uniquement technique. Les victimes sont ignorées. Annette Wieviorka qui ne nie pas l'apport considérable du travail de Pressac à la connaissance du fonctionnement d'Auschwitz s'interroge sur une vision aussi réductrice)

R. Hilberg, la destruction des juifs d’Europe, Paris, Fayard, 1988

The united states holocaust memorial museum