

Michaël Prazan est l’auteur français d’une enquête sur le massacre de Nankin qui vise à la fois à retracer l’événement dans ses grandes lignes et à revenir longuement sur les témoignages et sur les enjeux actuels, en particulier dans les relations tumultueuses entre le Japon et la Chine. Cet ouvrage a été rédigé après la réalisation d’un important documentaire sur le même sujet.
L’invasion
En 1937, date du massacre de Nankin, la Mandchourie est occupée par le Japon. Les pouvoirs en Chine sont partagés entre le nationaliste Tchang Kaï-chek qui a installé sa capitale à Nankin, les seigneurs de la guerre qui occupent Pékin et les communistes de Mao, réfugiés dans les montagnes.
Un incident survenu dans la nuit du 7 juillet 1937, aux abords du célèbre pont Marco Polo, situé à l’ouest de Pékin est le prétexte à l’entrée en guerre du Japon : des coups de feu sont tirés sur un régiment japonais et un soldat disparaît. On apprend plus tard que le soldat prétendument enlevé par des activistes, s’est en fait éclipsé dans un bordel.
Les Japonais s’emparent de Pékin, pilonnent Shanghai vers le 13 août et Nankin le 28.
Tokyo annonce qu’il ne respectera pas les conventions de Genève et de La Haye afin de progresser plus rapidement.
La résistance chinoise à Shanghaï surprend les Japonais. Il faut attendre en effet le 11 novembre pour voir la ville tomber.
La marche des fantassins sur Nankin est l’initiative du général Matsui, responsable du corps expéditionnaire présent à Shanghaï. Le 1er décembre, l’état-major, mis devant le fait accompli, décide de le soutenir, non sans avoir renaclé. Les exactions dans les villages commencent dès les premiers jours de la marche. Le témoignage du soldat Ashihei Hino est éloquent de ce point de vue. Abreuvés d’un nationalisme mâtiné de racisme, les soldats japonais sont persuadés de trouver face à eux des sous-hommes. Hino raconte le débarquement des troupes japonaises dans la baie de Hangchou et le moment où il se trouve face à de très jeunes soldats qui implorent sa pitié : « C’étaient presque des adolescents et ils étaient si beaux qu’on aurait pu les prendre pour des jeunes filles ».
Sur le passage des Japonais, les maisons sont pillées pour pallier les carences du ravitaillement, les femmes violées, les hommes exécutés.
Frappé par une crise de tuberculose, Matsui est relevé de ses fonctions et remplacé par l’oncle d’Hirohito, le prince Yasuhiko Asaka. C’est lui qui donne l’ordre, sachant qu’un nombre très important de soldats chinois risque de se rendre, de les faire supprimer : « Dans la plupart des cas, le règlement dit que nous ne devons pas faire de prisonniers ».
Devant l’imminence de l’invasion, les dirigeants fuient la ville. Le général Tang Shong-Zhi est nommé par Tchang pour la défendre. Des renforts se présentent.
Le 9 décembre, alors que la ville est bombardée, les avions japonais lâchent des tracts pour inciter les soldats à se rendre en précisant que le Japon sera impitoyable avec ceux qui décideront de résister et « magnanime et généreux » avec les autres. L’armée chinoise, sensible à l’appel, se délite malgré l’appel de ses généraux à résister. Le 10 décembre, les lignes chinoises sont enfoncées et Tang donne l’ordre d’une retraite impossible. Entre-temps, la marine japonaise empêche une échappée par le fleuve Yang-Tsé. Les habitants et des soldats tentent de fuir par la seule porte restée libre , le mouvement de panique indescriptible qui s’ensuit provoque la mort de nombreux civils. Tang parvient à quitter la ville vers 21h alors que les Japonais sont entrés depuis 17h.
Les soldats chinois, pour se fondre dans la population, abandonnent leurs uniformes. Ceux qui se sont rendus sont immédiatement fusillés dans des fossés creusés à l’extérieur des fortifications.
Les exactions des soldats japonais peuvent commencer : viols en masse (autour de 20 000), massacres de familles entières, meurtres de masse des soldats. Le 17 décembre, l’armée japonaise défile dans la ville conquise ; à sa tête Matsui.
Malade, Matsui semble ne pas avoir eu de prise sur les soldats. Dans un entretien donné au New-York Times, il parle, au sujet du comportement de l’armée japonaise : « de l’armée la plus indisciplinée du monde d’aujourd’hui ».
Le Massacre
Plusieurs éléments permettent de comprendre le comportement des soldats japonais, un a déjà été cité plus haut : l’absence d’un commandement ferme de l’armée; Mais il en existe bien d’autres :


