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Jean Tulard, Napoléon, Fayard

Jean Tulard est réputé pour être le spécialiste de Napoléon. Cette place n'est pas usurpée. La biographie est datée de 1977 ; revue et augmentée de notices tenant compte des dernières recherches ; c'est un modèle du genre. Limpide, privilégiant l'essentiel sur l'anecdotique relégué en fin de chapitre, elle donne de solides bases pour celui qui souhaite débroussailler la question. En voici quelques bonnes pages résumées.

Origines
Né le 15 août 1769, Bonaparte est l’enfant d’une famille de notable, d’origine toscane et noble. Sa mère Letizia est née en Corse.
Napoléon entre au collège d’Autun et poursuit ses études en 1779 à Brienne jusqu’en 1784. Le 28 septembre 1785, il est affecté à Valence.
Il retourne en Corse lors d’une permission de septembre 1786 à septembre 1787.
Il accumule les lectures même s’il faut se garder de croire l’empereur très cultivé. Il ne connaît par exemple pas les œuvres de Voltaire et de Rousseau.

Paoli
Au départ indifférent aux menées révolutionnaires de Paoli, il devient ensuite avec sa famille hostile au personnage. Les partisans de Paoli font brûler sa maison de famille et le poussent à l’exil.

L’homme de Robespierre
Il rejoint à Nice le 4ème régiment d’artillerie. C’est le moment où il rédige le « souper de Beaucaire », ouvrage dans lequel il énonce des idées politiques très proches de celles des Montagnards. Il conquiert sa notoriété comme militaire par le siège réussi de Toulon face aux Anglais.
Il est entraîné dans la chute de Robespierre, relégué au commandement d’une brigade en Vendée.
Pour éviter de s’y rendre, il se fait mettre en congé.
De cette époque date sa rencontre avec Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve d’un général et mère de deux enfants. Elle n’est ni exactement très fidèle ni très belle.

Italie et Egypte
Il est chargé des opérations militaires contre les Autrichiens en Italie et remporte deux importantes victoires à Mondovi et à Lodi (1796).
Ces succès, il les doit à une stratégie fondée soit sur la manoeuvre par débordement ou la manœuvre en lignes intérieures ; il les doit aussi à la fidélité des soldats au chef (fondée sur le paiement de la moitié de la solde en numéraire et sur l’utilisation de la presse à des fins de propagande).
La gloire naissante de Bonaparte entraîne son expédition en Egypte pour l’éloigner de Paris. Il y combat les Britanniques. Une seule bataille contre les Ottomans se déroule en 1798 à Gizeh et assure à Bonaparte la maîtrise du Caire. Napoléon est cependant vaincu sur mer en rade d’Aboukir par les Anglais. Des fouilles archéologiques sont entreprises pendant cette période par des savants comme Denon.

Brumaire
Le coup d'Etat qui porte Napoléon au pouvoir a lieu le 18 brumaire (9 novembre 1799) au conseil des 500 installé à l’Orangerie. Bonaparte se rend devant l’assemblée le 19. Il est accueilli froidement notamment par Destrem qui l’aurait apostrophé par une formule maintenant célèbre : « Général, est-ce donc pour cela que tu as vaincu ? ». Bonaparte sort suffocant et le visage ensanglanté. Lucien harangue alors la foule à l’extérieur du bâtiment en accusant une minorité de monter l’assemblée contre son frère. Murat fait alors évacuer manu militari l’assemblée. Une réunion improvisée proclame le triumvirat. C’est dans la réalité le premier consul qui détient le pouvoir.
En théorie le suffrage universel est rétabli. Le Sénat nomme le corps législatif or les sénateurs sont recrutés par cooptation. La constitution est acceptée par plébiscite. La participation est faible.
Les départements sont chapeautés par des préfets. Ils sont les relais du gouvernement central, ils mènent également une politique de travaux publics dans leurs départements. Ils sont néanmoins très vite noyés dans la bureaucratie. En mars 1803, le franc germinal est créé. La Vendée est pacifiée. Les journaux censurés. L’Eglise est de nouveau autorisée (le concordat accorde notamment la nomination des évêques au premier consul tandis que la place du catholicisme est rappelé).

Une seconde campagne militaire est menée en Italie contre les Autrichiens, marquée par une victoire surprise à Marengo en juin 1800.
Bonaparte parvient enfin à rétablir la situation économique, notamment à maintenir le prix du pain dans des limites raisonnables.
Un second plébiscite en 1802 fait de Napoléon un consul à vie. Pour faire taire les oppositions dans l’armée, les officiers se font menaçants : « Camarades, il est question de nommer le consul Bonaparte consul à vie. Les opinions sont libres ; cependant je dois vous prévenir que le premier d’entre vous qui ne votera pas pour le consulat à vie, je le fais fusiller à la tête du régiment ».
Durant cette seconde période du consulat, la légion d’honneur est instaurée et remporte un grand succès (mai 1802) ; le code civil de 1804 maintient les acquis de 1789 sauf en ce qui concerne le divorce, la place de la femme… Le livret ouvrier (avril 1803) cantonne l’ouvrier sous le joug de son patron.
Du Consulat à vie, le transition vers l’empire est naturelle. Le sacre a lieu le 2 décembre 1804. Napoléon se couronne lui-même, geste prévu par le protocole.

Victoire continentales
Les Anglais sont les premiers à déclancher les hostilités à Trafalgar en 1805. La flotte française est défaite mais Nelson trouve la mort dans la bataille. Les Russes se coalisent avec les Anglais. Le 2 décembre 1805, les trois empereurs (Autriche, Angleterre et Russie) sont battus à Austerlitz. En 1806, Napoléon vainc les Prussiens à Iena. Les opérations se poursuivent, sous la neige, contre la Russie à Eylau en février 1807 puis au printemps à Friedland. Le nombre de victimes est important, notamment côté russe (25 000 soldats périssent).
Pour détruire l’économie britannique, Napoléon frappe l’Angleterre d’un blocus commercial.

L’empire
Napoléon s’assure le contrôle de la Hollande. En Vendée, point faible de son empire, il fonde la future ville de la Roche-sur-Yon. L’Italie est formée de 24 départements administrés depuis Milan par Eugène de Beauharnais. A Paris, la colonne Vendôme est surmontée de la statue de l’empereur, les arcs de triomphe du Carrousel et de l’étoile édifiés, l’église de la Madeleine achevée.
Les notables s’enrichissent (propriétaires, rentiers, commerçants, hauts fonctionnaires). Le monde rural profite de la conscription qui créée un besoin de main-d’œuvre. L’ouvrier profite de l’instauration des prud’hommes prévus pour les aider et d’une hausse des salaires.
Dans l’agriculture, la vigne est très profitable. Trois secteurs industriels sont en pointe : coton, chimie, armements.
Dans le domaine culturel, Tulard rappelle l’attitude parfois curieuse de l’empereur qui jette par la fenêtre de sa berline les livres qu’il n’aime pas et confond l’Elbe et l’Ebre, Smolensk et Salamanque. Pourtant, la littérature se porte plutôt bien même si Sade est enfermé, Mme de Staël exilée. Chateaubriand est promu au rang d’écrivain officiel.
David règne sur le monde de la peinture ; Géricault entame une œuvre prometteuse ; Goya devient le peintre officiel de Joseph Bonaparte.
Dans les arts décoratifs, l’acajou est le bois roi ; le décor est inspiré de l’égyptien, du gréco-romain ou de l’étrusque.
Dans le vêtement, l’influence antique domine avec une poussée de la mode orientale (Cachemire). La redingote, le frac et le gilet sont les vêtements masculins à la mode.

Le retournement intérieur et extérieur
L’opinion et les élites se retournent lorsque Napoléon fonde une noblesse d’empire. Fouché et Talleyrand se rapprochent en s’inquiétant de la démesure de l’Empire. La dépression économique en 1810 accélère le retournement.

Napoléon, la personnalité
Coléreux, anxieux, fidèle en amitié, sentimental par moment, lassé par les frasques de Joséphine et donc infidèle en amour, Napoléon est un personnage complexe. Il consacre sa journée en temps de paix à l’étude de ses dossiers. Fin politique, utilisateur intelligent de la propagande, il croit dans la force du silence : « On ne mesure par la force d’un prince qui se tait, quand il parle, il faut qu’il ait la conscience d’une grande supériorité » déclare-t-il.
On a fait de Napoléon un grand stratège, c’est passer sous silence son refus d’utiliser les innovations techniques proposées par Fulton par exemple et son ignorance du climat et, dans une moindre mesure, de la géographie. L’auteur souligne aussi que quand le recrutement de la grande armée devient moins national, les victoires se font rares.
Les frères de Napoléon sont installés dans les monarchies voisines dont ils finissent par épouser l’opinion publique.
Les ministres de l’empereur n’ont qu’un rôle subalterne.

Le système scolaire est réorganisé avec l’instauration d’universités, de lycées militaires et du baccalauréat. Par un décret du 1er mars 1808 la noblesse d’empire est établie.

La situation militaire se complique par l’Espagne où le peuple se révolte. La répression de Murat est immortalisée par Goya dans le Très de Mayo. Napoléon quitte l’Espagne prématurément car la guerre lui est imposée par l’Autriche qui juge le moment venu de reprendre les hostilités.
L’arrestation du pape renforce la défiance de l’opinion italienne contre Bonaparte. Il est libéré peu de temps après.
A Wagram, contre l’Autriche, l’empereur sort encore vainqueur (juin 1809).
Fin 1809, Napoléon divorce de Joséphine pour épouser Marie-Louise.
La situation économique se dégrade brusquement en 1810, conséquence du Blocus qui se retourne contre son auteur dans la mesure où la contrebande fait le jeu des Anglais qui s’emparent à la même époque des colonies françaises. L’augmentation du prix du pain provoque quelques émeutes en province, vite réprimées.

Les défaites
Napoléon va s’enliser en Russie malgré une armée forte de 675 000 hommes. Les Russes reculent, plus par crainte d’affronter la grande armée que par stratégie. La faim et le froid font le reste après des nuits à – 20°, -30° du côté de Smolensk. La bataille de la Beresina est un échec (27-28 novembre 1812). On évalue les pertes à 380 000 hommes. L’Allemagne napoléonienne s’effondre lors de la bataille des nations qui se déroule en octobre à Leipzig. Le territoire français est même investi en 1813 jusqu’à la capitale. Le Sénat prononce la déchéance de Napoléon le 3 avril. Le 11 Napoléon abdique non sans avoir hésité. Il est exilé dans l’île d’Elbe, lâché par ses proches dont Talleyrand.

Les 100 jours
Le 26 février 1815, Napoléon, quitte l’île d’Elbe à bord de L’Inconstant. Les Anglais laissent curieusement les choses se faire. Le retour jusqu’à Paris après son débarquement est marqué par le ralliement de l’armée et d’un officier comme Ney et du peuple déçu par Louis XVIII.
La défaite de Waterloo le 18 juin 1815 mène Napoléon à une seconde et définitive abdication. Déporté à Aix puis à Sainte-Hélène, il y termine piètrement sa vie. La fin dans la solitude, les temps difficiles contribuent à la légende de l’empereur.

Fondation Napoléon