D'après Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin
Comme tout le monde, javais mon idée de Louis XVI, forgée sans doute par mes lectures et mon éducation, celle dun roi brave mais faible, préférant ses serrures à la politique, un brave homme donc mais certainement pas lhomme quil fallait à la France en ces circonstances dramatiques. Dune certaine façon, le livre de Jean-Christian Petitfils ninfirme pas cette image. Après tout, si Louis XVI avait été lhomme de la situation, il naurait pas eu la tête coupée. Mais là où le livre est novateur, cest dans sa manière de décrire le roi comme un homme intéressé à la politique et aux enjeux de son temps. Il avait par exemple compris quil fallait absolument résoudre le problème du déficit du budget et il était prêt à le faire par des réformes incisives qui remettraient en cause jusquaux fondements de la monarchie dite absolue (le terme a été inventé pendant la révolution, en 1797 pour désigner lAncien Régime).
Il sest passé beaucoup de choses avant que la Révolution ne survienne et Jean-Christian Petitfils nest pas daccord avec ceux qui font commencer lévénement en 1789. Pour lui, la Révolution commence bien avant, lorsque les Parlements se dressent contre le roi et Calonne avec lalliance paradoxale du peuple, notamment du peuple parisien, des futurs sans-culotte de lan II. Il faut dire que la famille royale, en raison de lattitude de Marie-Antoinette et des tergiversations de Louis, a déjà perdu bien du crédit. Louis na pas su communiquer. Pourtant, lorsquil est parvenu à le faire, il sest montré plutôt habile à cet exercice. Ce fut le cas par exemple lors de son voyage dans le port de Cherbourg. Il comprend à cette occasion quil est aimé de son peuple. Car enfin, Louis est un roi généreux, désireux de faire le bien et de soulager les plus pauvres. Ainsi, il réforme les hôpitaux après une visite de lHôtel-Dieu en 1781 pendant laquelle il fut horrifié par les conditions de vie des malades. Dans les années 1784 et 1785, il fait distribuer près de trois millions de livres pour soulager les nécessiteux.
Il était dun tempérament inquiet et sujet au découragement, hanté par le sort réservé à son aîné outre-manche, le roi Charles Ier. Son gouverneur, La Vauguyon, tâcha de léduquer dans la grande tradition des Bourbons. Il lut Montesquieu dans sa jeunesse. Mais il manqua à sa formation une éducation militaire. Il délaissa létiquette au profit de sa vie privée manquant dincarner la monarchie avec plus de conviction et de prestance. Il fut toute sa vie entravé par une timidité nuisible à son autorité. Cette timidité explique peut-être le manque dempressement dont il fit preuve au début avec Marie-Antoinette.
La reine est dépensière, elle aime les beaux bijoux, la musique et la décoration si bien que lauteur nous dit que le style Louis XVI est dabord le style de la reine. Son mariage nest consommé que très tardivement et il faut la visite du père de Marie-Antoinette, Joseph II, pour débloquer la situation. La responsabilité est partagée car il semble que la reine nétait pas pressée denfanter. Elle a enfin un fils en 1781 qui meurt de la tuberculose pendant les états généraux et un second en 1785, le futur Louis XVII. En 1774, le roi fait don à la reine du Petit Trianon. Elle lagence à sa guise et y organise des fêtes. Elle fait construire le fameux hameau ensuite. La reine fut fidèle au roi même si une légende lui attribue une aventure avec un jeune noble suédois dénommé Fersen. En 1788, ses dépenses personnelles représentent tout de même près de 7 % du budget. Son impopularité est venue progressivement, en raison de son attitude consistant à privilégier ses ami(e)s au détriment des courtisans et de la vieille noblesse. Comprenant son désamour avec les Parisiens, elle se réfugie alors de plus en plus au Petit Trianon, dans la petite grotte dont elle a seule la clé. Laffaire du collier renforce son impopularité alors quelle est en tout point innocente de lescroquerie montée par la marquise de La Motte avec laide involontaire de lincrédule cardinal de Rohan.
Louis est porté sur lembonpoint même sil pratique souvent la chasse. Mme Campan, qui soccupe de la reine, le décrit comme un homme qui a des traits nobles mais des dents mal rangées, la vue basse et une voix qui file vers le haut, notamment sous le coup de lémotion. Il aime se promener le soir sur les terrasses pour faire la chasse aux chats sauvages et cest ainsi quil tue le chat de Mme Maurepas.
Au début, il est effrayé par la mort prématurée de Louis XV qui entraîne son avènement sur le trône à lâge de 20 ans. Il aurait dit alors : « Mon Dieu, protégez-nous, nous régnons trop jeune ! ». Ses débuts sont compliqués par la mise en quarantaine des ministres Louis XV suite à sa maladie. Il fait appel à Maurepas pour laider dans sa tâche. Maurepas le pousse à surmonter son caractère hésitant. Ainsi, décision est prise de rétablir les Parlements, lourde erreur que celle-ci, sachant lattitude des dits Parlements lors de la crise financière qui sévit en France à partir de 1786.
Louis est très jeune attiré par les disciplines scientifiques et ce goût ne se dément par la suite. Il devient un brillant cartographe. Il subjugue les officiers de la marine, rassemblés pour le recevoir à Cherbourg, par ses connaissances en marine. Il suit le voyage tragique de La Pérouse qui sachève par le naufrage des navires au contact de la barrière de corail de lîle de Vanikoro. Il aime également la serrurerie et son cabinet senrichit dune forge.
Dès 1776, avec Turgot, commencent les réformes qui visent à changer la monarchie : taxes qui touchent les privilégiés, tentative pour proscrire jurandes et métiers et les lits de justice pour les imposer afin doutrepasser la protestation des Parlements ; scène qui va se reproduire de nombreuses fois. La disgrâce du ministre, ensuite, fait également partie du processus et rend sa lisibilité par lopinion naissante bien complexe. Le défilé incessant des ministres, en particulier des ministres des finances, qui se succèdent aux côtés du roi est proprement ahurissant. Louis XVI fait souvent preuve dobstination face à lopposition des Parlements, mais il finit par céder, sans doute parce quil ne sait pas rendre populaire les mesures quil prend.
Necker emprunte énormément pour remettre daplomb les finances (530 millions de livres). À lépoque du Genevois sont réformés les hôpitaux ; la question préalable est abolie cest-à-dire la torture ; le servage et la mainmorte sont abandonnés dans le domaine royale et une réforme des Parlements est envisagée.
Avec Calonne, lindustrialisation de la France est encouragée par une politique fiscale dexception ; cest le moment où De Wendel fonde sa manufacture du Creusot en 1782 à Hayange. Le livret de travail est instauré en 1781 et permet une surveillance policière des artisans et ouvriers. Cest Calonne qui propose la réforme des impôts la plus radicale, promettant de faire payer les privilégiés et dinstaurer la liberté de commerce des grains.
Durant cette période de relative prospérité, les Français ne sont pas malheureux si ce ne sont les aléas de la météo. Lanalphabétisme recule. La noblesse déroge de plus en plus fréquemment. Mais le peuple de Paris est de moins en moins réceptif aux frasques et dépenses de la cour.
Avec Loménie de Brienne qui lui succède, il est déjà trop tard pour renverser la tendance. Dailleurs Louis XVI sombre dans une forme dinaction politique et de mélancolie quil compense par la chasse. Il est profondément meurtri après léchec de Calonne qui est aussi le sien.
On retiendra également de Brienne un édit de tolérance qui permet de nouveau aux protestants dexercer leur culte.
Louis XVI se résout à réunir les états généraux dans le but de mettre les représentants des trois ordres devant leur responsabilité ; dans le débat qui suit, il se montre favorable au doublement du tiers. La fronde des Parlements décuple alors ; leur exil ne suffisant pas à les faire taire. Cest à ce moment que le peuple sagite ; paradoxalement pour défendre une assemblée arc-boutée sur ses privilèges. Dans le Dauphinée, lAssemblée de Vizille est révolutionnaire dans son propos lorsquelle réclame le doublement du tiers, le vote par tête, la fin des privilèges fiscaux et ladmission des roturiers à toutes les charges. Le retour de Necker et la disgrâce de Lamoignon signent la fin de « la Révolution royale ».
Au fond, lindiscipline des parlementaires est tolérée par le roi qui par manque dautorité- laisse proférer des paroles de contestation inédites.
Le livre remet en cause bien des idées reçues en ce qui concerne létat de la France à la fin du XVIIIe siècle et ce nest pas là son moindre mérite. Ainsi, il est dit que les idées des philosophes des lumières émanaient de personnalités qui ont souvent reçu le soutien de grands nobles et quil ne faut donc pas surestimer leur importance comme cause des événements révolutionnaires.
« Le mariage de Figaro » est par exemple interdit avant que la reine ne décide de le jouer au Petit Trianon ; elle y interprète dailleurs un rôle. Lauteur insiste davantage sur le vent des idées nouvelles qui souffle après la Révolution américaine. La participation de la France à cette aventure outre-Atlantique est efficace et déterminante. Sans doute les colons auraient-ils de toute façon conquis leur indépendance mais au pris de davantage de sacrifices. Beaumarchais comme La Fayette ont loccasion de sillustrer et Franklin de venir en France où il connaît un grand succès dans les salons. Le dividende est faible parce que les Américains ne tardent pas à se réconcilier avec les Anglais sur le dos des Français tandis que la participation de la France creuse davantage le déficit du budget.
Louis XVI, accablé, ne tente rien pour arrêter la déferlante révolutionnaire. Il a renoncé depuis le retrait de Calonne. Il subit les événements. Les départs et les rappels de Necker le démontrent ; Necker qui incarne lhomme providentiel de manière tout à fait paradoxale parce quil na été capable que de proposer des artifices pour remettre daplomb les finances. Peu importe, Camille Desmoulins est juché sur une chaise et harangue la foule rassemblée au Palais Royal pour réclamer notamment son retour.
Jai en outre noté quà trois reprises le roi sassoupit en pleine assemblée : notamment lors dun discours soporifique prononcé aux états généraux.
Le départ de Lamoignon, pourtant auteur de plusieurs édits novateurs, puis son suicide, suscitent la joie des Parisiens.
La crise frumentaire secoue la population entre 1787 et 1789 : les pluies, une série dorages violents, le gel (il fait 18° à Paris lhiver 1788) provoquent la hausse du prix du blé et in fine du pain. Le royaume est alors secoué par des émeutes de subsistance.
La rédaction des cahiers de doléance permet de vérifier que le roi nest pas en cause.
Aux états généraux, le bas clergé est bien représenté tandis que les professions judiciaires dominent au sein du tiers-état, au détriment de la bourgeoisie issue du commerce, ce qui tend à contredire lidée dune révolution bourgeoise au sens marxiste du terme.
Le décès par la tuberculose du Dauphin intervient en pleine séance des états généraux. Louis XVI, endeuillé, peine à se concentrer sur les doléances du peuple. Les députés, jusqualors sans acrimonie contre le roi, dérivent de plus en plus vers des propos révolutionnaires, meurtris par son mutisme. Ils se réunissent, devant lobstruction idiote de la noblesse, dans la salle du jeu de paume pour y prêter le fameux serment peint par David. Le 23 juin, Louis tente un compromis et supplie Necker de renoncer à démissionner.
Lattitude du roi est ambivalente : à la fois il demande au clergé et à la noblesse de retourner siéger avec le tiers-état au sein de lAssemblée nationale, terme quil utilise et, dans le même temps, il ordonne à ses troupes de se regrouper autour de Paris pour intervenir en cas de nouvelles émeutes. Cest dans ce contexte quest prise la Bastille puis que le roi se rend dans sa capitale pour recevoir de Bailly la cocarde tricolore, cérémonie humiliante pour le roi de France en train de devenir le roi des Français.
Si la moisson de lété 1789 est plutôt bonne, le prix du pain ne baisse pas immédiatement, provoquant de nouvelles tensions dans la ville. Dans ce contexte, le somptueux buffet du 1er octobre à Versailles, avec la participation des officiers des gardes du corps et du régiment de Flandre, est mal accueilli par la populace car vilipendé dans une de ces nombreuses feuilles de chou qui paraissent régulièrement. Une horde de femmes se rend à Versailles réclamer du pain au roi. Il semble bien que cette manifestation de mauvaise humeur ne soit pas complètement spontanée mais orchestrée en sous-main par Orléans. La Fayette accouru de Paris, ne parvient que momentanément à tempérer lardeur des femmes qui, passant une nuit bien arrosée dans la salle des menus plaisirs, entrent de force dans le château, tuant au passage deux gardes.
Disons à ce moment que lauteur ne voue aucune passion romantique pour les manifestations populaires de la Révolution. Il insiste sur le caractère barbare des passions parisiennes, le goût du peuple pour le sang versé.
Le roi décide de venir à Paris, suite à une longue conversation avec La Fayette, pour sinstaller aux Tuileries, pensant ainsi calmer la foule.
A partir de ce moment, le roi, traumatisé et affaibli, ne prend pratiquement plus dinitiative. Son attitude qui nétait jusqualors pas parfaitement claire, prête alors à débat. Dans quelle mesure, le roi adhère aux événements auxquels il participe ?
Quant à Marie-Antoinette, elle confie à Mme Necker en quittant Versailles : « Je sens que nous ne reviendrons plus ici
Mes pressentiments ne mont jamais trompée ».
Aux Tuileries, le train de vie de la famille royale lui permet de maintenir les habitudes de la cour. Madame Elisabeth, le sur du roi, se réfugie dans la religion en espérant le retour de lAncien Régime tandis que le roi sombre encore un peu plus dans la mélancolie. Il ne chasse même plus.
LAssemblée sinstalle salle du Manège à Paris pour suivre le roi.
Orléans nest pas le seul à intriguer : le comte de Provence fomente en secret un enlèvement du roi dans le but final de prendre sa place ; Mirabeau propose ses conseils à la reine (moyennant finance) pour lui recommander de partir à Rouen organiser son retour.
La décision de lAssemblée de confisquer les biens du clergé achève de saper les fondations du régime et également de tourmenter le roi, bon chrétien, qui ne supporte pas la menace dêtre excommunié par le pape.
Le plus épatant dans le livre de Jean-Christian Petitfils est la profusion de détails lorsquil se met à raconter la fuite du roi à Montmédy, petite forteresse dans lEst de la France, doù il projette de rassembler assez de forces armées pour reconquérir Paris. Le livre de Mona Ozouf est moins précis et, même, on y décèle après coups quelques approximations. Finalement, la fuite du roi nest pour lhistorienne quun prétexte pour évoquer le tumulte révolutionnaire de la France révolutionnaire et décrire longuement les débats qui agitent lAssemblée.
Le rôle de Fersen, lamant supposé de la reine, est central dans le projet. En amont, lauteur insiste sur limportance de Bouillé, un officier qui a lidée de Montmédy comme point de chute. Provence, frère du roi, est incité à venir : il ne sagit pas quil profite de loccasion pour "chiper" le pouvoir à son aîné ! Le roi hésite tandis que sa femme est décidée, comme latteste sa correspondance avec son frère, empereur dAutriche, . LEmpereur tarde à promettre son soutien quand on lui demande de faire diversion en regroupant des troupes à la frontière. Le trajet est débattu ; le départ sans cesse reculé en raison notamment de la méforme du roi. Petitfils précise jusquà la couleur des roues de la berline, la couleur de la robe de la reine, les arrêts lors du trajet, les retards accumulés (un train est rompu peu après Chaintrix quand la voiture heurte la borne dun pont). Drouet laisse dabord passer le convoi puis, apprenant la fuite du roi, comprend son erreur et le poursuit à cheval. Le rendez-vous manqué de Varennes est la cause de lenchaînement fâcheux des événements qui suivent : larrêt à lauberge de Sauce et le juge Jacques Desquez qui reconnaît immédiatement le roi parce quil est marié à la fille dun officier de la Bouche de la reine, qui a fréquenté Versailles.
A Varennes, il ny a pas de franc refus des autorités municipales pour quil poursuive son chemin mais à 5 h du matin un capitaine vient apporter un décret de lAssemblée ordonnant son retour.
Le trajet en compagnie de Barnave et Pétion est plus rapidement relaté. Pétion, contrairement au portrait nuancé dans le livre de Mona Ozouf, ne trouve pas grâce aux yeux de Petitfils. La révision de la Constitution est loccasion de pardonner au roi en lui laissant une place dans lexécutif du royaume.
La mise en uvre de la constitution modifiée, lAssemblée devient Assemblée nationale législative et se radicalise. Les Girondins veulent en découdre et faire la guerre aux Autrichiens. Les manifestations populaires hostiles au roi se succèdent : le 20 juin 1792, menacé par la foule, Louis ne tremble pas. Le manifeste de Brunswick, par la radicalité des menaces proférées, conforte les sans-culottes et les révolutionnaires les plus radicaux dans leur idée dun roi traite à la patrie. La manifestation populaire du 10 août sinscrit dans la foulée. Affolé, le roi se réfugie à lAssemblée. Le carnage qui suit est terrifiant. Lors de son procès, Louis est accusé davoir donné lordre de tirer sur le peuple. Le 10 août est selon lauteur- une date capitale dans la Révolution qui marque à lévidence son basculement dans la violence ordinaire. La Fayette ne sy trompe pas qui choisit démigrer. Le roi est suspendu dans ses fonctions puis enfermé au Temple. Alors que le danger autrichien est repoussé à Valmy, le piège se referme sur Louis. La nouvelle Convention élue au suffrage universel (mais avec une abstention haute de 80 %) propose labolition de la royauté le 21 septembre.
Cest elle qui condamne à une courte majorité le roi à la mort, laccablant, tandis quil se défend piètrement, sans pouvoir appeler à la barre de témoins à décharge. Séparé de sa famille, il se réfugie dans un pieux recueillement, rédige un testament qui le prouve. Il puise dans sa foi la force et le courage de monter dignement sur léchafaud ; pardonnant même à son cousin, le duc dOrléans, rebaptisé Philippe Egalité, son vote en faveur de sa mort. Il est enterré dans une fosse commune. Son corps est déterré et trouve le chemin d'une digne sépulture à Saint-Denis sous la Restauration. Marie-Antoinette subit plus tard le même sort et le Dauphin est abandonné dans sa prison du Temple.
Au fond, ce livre termine un cycle historiographique commencé avec le bicentenaire qui porta au pinacle François Furet et Mona Ozouf, décidés à scinder la Révolution en deux : les années 1789 à 1792, la victoire dune révolution modérée portée par des hommes modérés et les années de la Terreur. Avec Petitfils, le Serment du jeu de paume et la proclamation du caractère représentatif de lAssemblée, sa prétention à détenir lessentiel de lautorité sans véritable contre-pouvoir puisque le roi est soumis, porte en germe la dictature. On le sent pencher vers lidée dune monarchie constitutionnelle et il déploie dailleurs beaucoup dénergie pour démontrer que Louis XVI en devient le partisan même si beaucoup de ses écrits tendent à démontrer son double jeu. Car sil est prouvé que Louis XVI radicalise ses opinions et finit par pencher pour un retour à la totalité de son pouvoir originel, sombre lidée dun homme éclairé et capable de sadapter aux circonstances. Je me demande si un des aspects du faible caractère du roi nest pas de donner toujours raison au dernier qui a parlé. Louis conserve, même après 1000 pages dune brillante et passionnante biographie, une part de mystère.
Lauteur défend deux grandes idées : convaincu de lobsolescence de lAncien Régime, il demeure persuadé quune transition plus douce aurait été possible et que le régicide a entaché la naissance de la République. Il voit aussi en Louis un roi dénué dautorité et dont la bonté a été mauvaise conseillère car, enfin, son refus de faire couler le sang du peuple nempêcha pas la Révolution de sombrer dans la Terreur. A certains moments, pragmatisme et courage lui ont manqué. Reste un homme dont la grandeur découle de sa faiblesse : bon roi, il a été un être humain admirable de courage face à aux déchaînements de lhistoire.
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