En cette période troublée de l'histoire de France, il existe des hommes de tolérance qui refusent le choix de l'affrontement entre catholiques et protestants. Ces événements se déroulent dans un contexte international de rivalité entre la France et la très catholique Espagne de Philippe II vers laquelle penche la papauté. En janvier 1595, Henri IV déclare la guerre à l'Espagne. Depuis la fin de l'annee 1594, le sud-ouest de la France est entré dans une révolte populaire contre l'impôt. Cela ajoute aux tensions religieuses. Mais Henri IV s'obstine à réussir la pacification du royaume.
Lorsque Hemi IV abjure le 25 juillet 1593 dans la basilique de Saint-Denis, bien des catholiques se rallient au Bourbon. En mars 1594, le roi peut rentrer dans Paris (un retour monnayé). Pourtant, cette décision déplaît fortement aux protestants et aux plus traditionalistes des catholiques : ainsi, dans les mois qui suivent le retour du roi, six meurtriers sont arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient à tuer le roi. Les protestants somment Henri de revenir à eux : « Sire, ne touchez pas à aucune chose immonde et sortez le plus tôt que vous pourrez de cette Babylone » déclare le théologien Théodore de Bèze. Ils s'inquiètent des faveurs accordées à leurs ennemis de la ligue.
Dans le sud de la France, le protestantisme est bien implanté ; en particulier là où Henri et sa mère Jeanne d' Albret dirigent la Navarre. Les Provinces-Unies du Midi sont un véritable Etat protestant qui a confisqué les biens catholiques. Réunis à Mantes, les protestants demandent au roi un édit perpétuel, le droit au divorce, la parité dans les tribunaux et la permission d'accéder aux postes les plus élevés lorsque des études le légitiment. Ils désirent plus que tout conserver ces villes fortifiées dans lesquels ils peuvent vivre en calvinistes. Ils demandent à participer aux commandements et gouvernements autres que ceux des places de sûreté.
Henri se rend à Mantes en décembre pour y tenir un discours de conciliation : il veut être le souverain de tous les sujets. II rappelle qu'il ne peut cependant être question d'établir la liberté de culte dans tout le royaume. Lors des assemblées qui vont suivre (Sainte-Foy, Saumur), les protestants ne vont cesser de réclamer des garanties au roi de France. Pour une large part, elles font se rencontrer des hommes de la noblesse (Bouillon, La Tremoille, Clermont, Montgomery, La Noue, Parabere, Duplessis-Mornay du côté protestant) avec le roi.
Trois principes fondamentaux résument les doléances des protestants : être fidèle à leur religion et pouvoir librement la pratiquer, être égaux des autres Français devant la loi et vivre en sécurité dans le royaume. Mais la haine est là, sourde ; elle s'incame dans des personnalités cruelles qui n'hésitent pas tel Florimond de Remond, conseiller au parlement de Bordeaux depuis 1572- à ordonner de brûler les bibles en français et déterrer le cadavre d'un jeune enfant comme ceux de tous les protestants inhumés à Archiac en Saintonge. A Tours, Bordeaux, Rennes et Angers, les protestants sont appelés :
« hérétiques, turcs, chiens, schismatiques, sectaires dignes d'être poursuivis par feu et par sang et d'être entièrement chassés du royaume ».
Dans ce contexte complexe et difficile a lieu la réunion de Nantes qui devient à cette occasion presque une capitale internationale. Le texte du futur édit a été dressé par le secrétaire d'Etat Forget de Fresnes. Nous ne connaissons pas la date exacte de la signature de l'édit : avril1598 mais quel jour ? Seul de l'édit a été conservé une copie qui se trouve à Genève. Sur le fond, les deux premiers articles de l'édit proclament une amnistie pour les actes passés. La religion catholique est réaffirmée : elle est la première religion du royaume, la plus ancienne, celle du plus grand nombre des sujets, celle du roi surtout. Elle doit en conséquence revenir dans les villages et les villes d'où elle a été chassée.
Le protestantisme, et c'est là l'essentiel, bien que qualifié de "religion prétendue réformée" trouve une place, mais une place délimitée. Les cours souveraines paritaires sont mises en place : composées de douze magistrats catholiques et protestants en nombre égal, et de deux présidents de l'une et l'autre confession, elles auront à connaître des procès civils et criminels ou les deux parties, ou bien une seule d'entre elles, sont de religion protestante. Le système des places de sûreté est maintenu tacitement car il n'en est pas question dans le texte. L'assemblée générale des protestants est démantelée. L'Edit au total réaffirme la supériorité royale au dessus de la diversité des religions.
Les réactions ne se font pas attendre, le pape se dit "crucifié" : les rumeurs de régicide enflent dans les rues de la capitale. Les conseillers de Paris sont choqués d'apprendre que les plus hautes charges vont être ouvertes aux protestants. Le roi doit se justifier -de fort belle manière- devant les parlementaires chargés comme il se doit de ratifier le texte : "Ce que j'ai à vous dire est que je vous prie de vérifier l'Edit que j'ai accordé à ceux de la religion. Ce que j'en ai fait est pour le bien de la paix. Je l'ai faite au dehors, je la veux au dedans" et plus loin "ne m'alléguez point la religion catholique. Je l'aime plus que vous, je suis catholique plus que vous : je suis fils aîné de l'Eglise ».
L'édit de Fontainebleau confirme pour le sud de la France celui de Nantes et permet de rétablir le catholicisme dans le fief de Jeanne d'Albret : le Béarn. Des commissaires exécuteurs sont chargés ensuite de faire appliquer l'édit plus particulièrement en ce qui conceme deux aspects : la restauration du culte catholique et du droit d'exercice protestant dans deux lieux par bailliage.
D'après Jeanine Garrisson
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