Familles,
Parenté, maison, sexualité dans l'ancienne société
familles

XVIIème - XVIIIème

La famille sous l'ancien régime.

La fontaine de jouvence (extrait), fresque anonyme du XIVesiècle, château de Manta, Piémont, Italie

Jean-Louis Flandrin, familles, point seuil

Jean-Louis Flandrin est un spécialiste de la famille. Son travail s'inscrit dans la mouvance historiographique de spécialistes des questions de la vie quotidienne et de la famille tel Philippe Ariès.


Prenons les rites des villages concernant les personnes qui ont une attitude atypique : le rite de la barrière lorsqu'une femme épousait un "étranger" ; le charivari bien sûr pour les femmes qui trompaient leur mari, les cocus contents, les maris battus. Autre rite moqueur, l'azouade ou promenade sur un âne.

Les dernières recherches ont montré que la fécondité des pauvres était plus faible que celle des riches, en tout cas en France. L'auteur explique ce phénomène par le délai intergénésique plus long des femmes pauvres. Les femmes pauvres allaitent en effet leurs enfants et parfois ceux des autres. La mortalité est en second lieu plus forte chez les pauvres.

La plupart des familles sont nucléaires. Exceptionnelles, les familles élargies sont situées dans des régions spécifiques. Dans les Pyrénées, les coutumes ne laissaient au père aucune liberté, les frères et soeurs se doivent d'être pris en charge par l'aîné de manière à favoriser une indivision du patrimoine tout en préservant la famille. Autre exception, la frérèche. Il y a en son sein un chef appelé gubernator mais ce chef n'est en réalité qu'un frère. L'argent commun est déposé dans un coffre et dépensé selon un système de consentement mutuel. Ces contrats sont essentiellement limités au sud de la France. Ils pouvaient concerner des personnes au-delà des liens du sang.

La promiscuité était beaucoup plus grande qu'aujourd'hui ; elle est encore importante au XVIIIe siècle si l'on se réfère à un témoignage des environs de 1830 pour une famille du Queyras qui décrit les membres agglutinés dans la même pièce, dormant dans les étables à vaches, sur des draps de laine jamais lavés. Le besoin d'intimité semble ne naître qu'au siècle des Lumières. Ainsi, Marie-Antoinette prend ses bains dans une longue robe de flanelle boutonnée jusqu'au cou. A la sortie, un drap est dressé devant les autres femmes présentes dans la pièce.
En 1681, Mgr Le Camus, évêque de Grenoble, dénonce la promiscuité de certaines familles dans les termes suivants : "l'un des moyens dont le démon se sert le plus communément pour faire perdre aux enfants la pureté de l'âme en leur ôtant celle du corps, c'est la coutume qu'ont plusieurs pères et mères de faire coucher leurs enfants en même lit qu'eux".

La maison de la famille populaire est basse de plafond et les ouvertures sont réduites, on s'éclaire à l'aide de chandelles de résine à mèches. Le repas est une sorte de rituel précédé du bénédicité. La soirée prend la forme d'une veillée où à la famille se joignent de proches amis. La réforme catholique se charge cependant de mettre de l'ordre dans tout cela en plaçant les enfants sous l'oeil vigilant de leurs parents. Elle dénonce les carnavals, brandons, fête des innocents...et veillées hors du foyer.

Les maris incapables d'imposer leur autorité continuent d'être moqués ; il sont les victimes des charivaris et autres promenades sur l'âne. A la fin du Moyen-âge, le divorce s'est répandu notamment en faveur des femmes battues. Le mariage forcé est largement accepté ; les critiques d'un Richelieu sont très minoritaires et celles de l'Eglise très modérées. Les protestants se montrent eux plus attachés au consentement des époux. Le concubinage est relativement fréquent même s'il est montré du doigt, imposé dans certaines régions. Le concubinage se confond parfois avec la polygamie. Fortement condamné par l'Eglise, il disparaît au XVIIe siècle. L'Eglise pousse en outre les couples qui ont fauté à se marier ensuite, en particulier dans le cas d'une naissance. Le célibat entraîne des pratiques sexuelles "déviantes" dans les bordels municipaux. Les autorités municipales ont réagi contre la prostitution après le concile de Trente. La masturbation est considérée comme un péché contre nature.

Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien
Car lendemain la pute beste
Le voudrait mettre sur ta teste

La doctrine de l'Eglise au sujet des positions de l'amour est d'écarter toutes celles qui font ressembler l'homme à un animal ou permettent un plaisir trop grand ; "l'accouplement n'était vraiment "naturel" et "conjugal" que lorsque la femme était renversée, dos contre terre, l'homme la surmontant, parce que disaient-ils, elle est la plus favorable à la procréation, et sans doute surtout parce qu'elle est symbolique de la domination virile et du geste fécondant du laboureur."
Les positions de l'amour peuvent être liées à la limitation des naissances ; ainsi, la diffusion de l'acte d'Onan entraîne une baisse de la fécondité. Le coït interrompu a été pratiqué, selon l'auteur, parce que les femmes ont souhaité y recourir. L'auteur doute que le jansénisme, pratique religieuse liée à l'ascèse, ait lui aussi contribué à la réduction des naissances.


rites des villages
promiscuité
maison
le mariage
sexualité
haut de page