Joël Cornette, le roi de guerre, payot
J'ai assisté aux cours de Joël Cornette lorsqu'il enseignait à la Sorbonne. Il était alors très impliqué dans ses recherches sur le roi de guerre, évoquait très souvent ses lectures, montrait un goût particulier pour la symbolique et les théories. Le livre est achevé et imprimé.
Voici quelques passages pour aiguiser la curiosité des futurs lecteurs.
Le statut du soldat laboureur n'est pas enviable ; il ne peut espérer qu'une part du butin de guerre prélevé sur le champ de bataille.
La tendance dans l'organisation des armées aux temps modernes est à une discipline plus grande. La disparition du cri de guerre en est un symptôme. Le "Montjoie Saint Denis" de Bouvines ou le "Santa Maria" des troupes catholiques de la Montagne blanche n'est plus envisageable. L'attention des hommes se portent sur les ordres de l'encadrement.
Le recrutement est difficile ; les déserteurs sont priés de se soumettre moyennant 12 livres. Mais dès la prime touchée, la plupart des soldats fuient. Le 7 décembre 1644, Mazarin écrit donc à Turenne : "Pour ce qui est des levées, vous savez aussi bien que nous ce que ce peut estre, et comme après beaucoup de dépenses employées, tout cela revient à rien".
Le livre s'attarde sur les condottieri qui sont des entrepreneurs militaires. Wallenstein est le plus célèbre. Ils s'enrichissaient en imposant des contributions sur les territoires contrôlés en accord avec le prince.
Les bandes de voleurs recrutent souvent parmi les troupes de soldats oisifs. Cartouche avait auprès de lui près de 349 personnes dont 55 étaient des policiers ou des militaires.
La guerre contre la Hollande traduit la volonté de Louis XIV de se faire respecter. Pour Louis XIV, c'est le motif d'une guerre juste. Cornette relate l'ouverture des digues en 1672, "année catastrophique" où Jean de Witt est alors violemment écarté du pouvoir (son corps est mutilé par la foule) et Guillaume d'Orange est appelé ; il parvient à recréer une atmosphère d'union sacrée ; les drapeaux oranges flottent aux fenêtres.
L'auteur s'intéresse aux nombreux penseurs qui se sont penchés sur le thème de la guerre : le baron François Paul de Lisola a joué un rôle important dans la naissance d'une opinion publique allemande tout en soulevant la contradiction entre la notion de guerre juste et l'absolutisme qui place seul le roi en position de décider.
Tout un chapitre est consacré à l'enfance des rois ; les exemples sont nombreux. Le prince des Asturies par exemple, le futur Philippe IV, en 1614, reçoit comme jouet la réplique en bois de l'armée des Flandres qui occupait alors les Pays-Bas depuis 1567.
L'importance du rôle guerrier de Louis XIII est notée par le marquis Ambrosio de Spinola, vainqueur de Breda, peint par Velazquez dans les Lances. Il est frappé par la belle ordonnance de l'armée française et la prestance du roi campé au milieu de ses troupes. Henri IV avait également l'habitude de se faire reconnaître parmi ses soldats par un panache blanc placé sur son casque. Si des rois ont évité de se présenter à la guerre, d'autres y ont rencontré la mort : Gustave-Adolphe est mort en héros devant ses hommes mais chose curieuse, les soldats de son armée, loin de se décourager, ont continué de combattre.
Versailles est le lieu de la magnificence royale. Le grand appartement où le roi reçoit mais ne vit pas est composé de sept pièces en enfilade. Réalisé sur les plans de Le Brun, entre 1671 et 1681, chaque pièce est dédiée à une planète du système solaire avec au centre du plafond un motif dédié au dieu de la planète concernée. La galerie des Glaces a elle été achevée en 1684. l'histoire officielle du royaume est montrée à travers les batailles royales d'entre 1661 et 1678. Le roi n'est plus présenté sous les traits d'un personnage antiquisant. La conception du château le fait également ressembler à une scène dont le roi est le héros avec les trois avenues qui partent en éventail vers la ville.
En raison des évolutions techniques et des effectifs engagés de plus en plus importants, les guerres de Louis XIV conduisent à de fortes mortalités : 2 millions de morts pendant la guerre de 30 ans, 350 000 pendant la guerre de Hollande, 1 251 000 pendant la guerre de succession d'Espagne. Ces chiffres, précise l'auteur, sont des estimations.
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