D'après Mona Ozouf, 21 juin 1791, Varennes, la mort de la royauté, Gallimard, nrf
Ce 21 juin au matin, la famille royale senfuie avec deux voitures des Tuileries en direction de lEst de Paris, le chemin les mène par Claye, Meaux, La Ferté. Le roi se fait passer pour un certain Durant et le Dauphin est déguisé en fille pour la circonstance. Des relais ont été prévus mais le convoi prend beaucoup de retard et M de Choiseul, un jeune colonel de 31 ans, nest pas au rendez-vous. Cest cet épisode qui conduit à léchec de lentreprise car les Berlines sarrêtent à Varennes ; les passagers sont bien désemparés. Un certain Drouet hésite en compulsant leurs passeports ; il pense reconnaître le roi en comparant son visage à celui qui est sur lassignat quil a en poche. Dans lhésitation, il force léquipée à passer la nuit dans lauberge Sauce. Un juge qui sest marié jadis à Versailles, nhésite pas en voyant le captif, il sincline devant le roi. Le roi nie senfuir. Le conseil municipal délibère dans la nuit et décide d'accorder une escorte pour retourner à Paris.
Louis nest pas heureux aux Tuileries, dans ce château humide et frais. Il y a bien un bassin aux canards aménagé pour le dauphin et le roi sest organisé un cabinet de géographie. Le train de vie de la cour demeure fastueux grâce aux généreux subsides accordé par l'Assemblée mais tout ces avantages ne parviennent pas à faire oublier Versailles.
Louis XVI en fait naccepte que forcé la constitution quon lui impose ; elle loblige à partager des pouvoirs quil détenait seul ; le fameux veto le place dans une position délicate car s'il en use, il s'opposera alors aux représentants du peuple. Formé à lécole de Fénelon et Bossuet et sous l'égide d'un La Vauguyon (qui fera correctement son travail), le roi a de la monarchie une conception traditionnelle : il tient son pouvoir de Dieu et non du peuple.
Limage du roi est bien sûr ternie par lépisode de sa fuite. Il avait déjà, avant cela, la réputation dun être faible, peu gaillard au lit. La reine nest pas la dernière à entretenir limage dun roi indécis, déprimé par son triste sort. Stefan Sweig a, quant à lui, répandu l idée dun souverain goinfre, qui balance par la fenêtre les os de poulet depuis la berline. Il est plus inspiré lorsqu'il évoque le temps des fugitifs, cette lenteur propre à lAncien Régime, comparée au rythme échevelé de la Révolution.
Après lentreprise avortée, les complices du roi se disputent sur les responsabilités. À lAssemblée, les débats passionnés sont relancés entre les partisans d'une Révolution achevée qui sinquiètent dune relance des troubles et les radicaux. Le contrat avec le roi était clair et reposait sur son aval donné à la Constitution en échange d'une position politique primordiale bien que sans commune mesure avec celle qu'il avait sous la monarchie absolue. Barnave, Duport, Alexandre de Lameth (le triumvirat dominant à l'époque) en sont pour leur frais. Des députés essayent bien de faire passer la fuite pour un enlèvement mais personne n'est dupe ; le roi prétend quant à lui avoir simplement voulu se rendre à Montmédy.
Parmi les "extrémistes", Danton mène le combat pour un châtiment des traîtres et Marat triomphe parce que la fuite du roi confirme ce quil annonçait depuis des mois.
À son retour de Varennes, le roi est escorté par une foule en armes, souvent menaçante. Dailleurs un noble inconscient paye de sa vie sa bravoure en saluant le roi à son passage. La traversée des villes est parfois hostile. Dans la berline, le député Pétion a laissé un témoignage émouvant du voyage retour, décrivant une famille presque attendrissante et ordinaire (Louis est un bon père), tandis que Barnave discute longuement avec la reine, conversation qu'il poursuit ensuite sous la forme d'un échange épistolaire. Le roi confesse finalement à lAssemblée quil sest trompé en tentant cette sotte échappée.
Les débats des députés portent rapidement sur linviolabilité du roi, les pouvoirs qui lui seront donnés dans la Constitution révisée (qui sera finalement votée le 3 septembre) puis sur létablissement en France dune République.
Paris sagite et cette agitation culmine lors des émeutes du champs de Mars le 17 juillet 1791. Au départ, une pétition contre le roi défendue par Danton tandis que Robespierre sen désolidarise ainsi que les Jacobins, pour laisser aux seuls Feuillants la responsabilité dun tel brûlot. La manifestation dégénère, la garde nationale tire. Les historiens sont encore incapables détablir un véritable bilan et les conclusions politiques sont difficiles à tirer, sinon que La Fayette y perd le peu de prestige qui lui restait, accusé dêtre responsable de la répression.
Les décrets qui sont ensuite publiés obligent les meneurs à se cacher tandis quil est demandé aux émigrés de revenir sous 30 jours. L'autoritarisme de ces textes a amené certains historiens à voir dans cet événement et ses conséquences politiques le début de la Terreur. Mais les journaux survivent ce qui tend à démontrer quil ne sagit que de mesures conjoncturelles, le contraire de la Terreur, état exceptionnel mais installé dans la durée.
Louis XVI est-il parti pour rejoindre les émigrés et organiser avec les monarchies amies sa revanche ? Certains de ses courriers tendent à démontrer lambiguïté de son attitude. Néanmoins, Louis XVI hésite profondément à faire la guerre à son peuple (sensible à l'exemple du roi Charles 1er en Angleterre) et il est vraisemblable que son intention à Montmédy ou à létranger était de négocier un compromis plus à son avantage.
Dailleurs les puissances étrangères sont très hésitantes à intervenir et lattitude de lEmpereur se caractérise dabord par linertie. La tentative de fuite du roi change la donne puisqu'elle clarifie les intentions du monarque français. Les émigrés, par exemple installés à Coblence, sont divisés. Beaucoup rêvent au retour dun Ancien Régime plus féroce encore et il sont prêts à y parvenir sans le roi. Ils sont plusieurs a se réjouir de son arrestation
Au terme du livre, le portrait dressé par Mona Ozouf du roi fait apparaître un homme tourmenté et indécis, coupable d'un geste inconsidéré, d'une erreur politique qu'il paiera de sa vie. Après Varennes, les jours de la monarchie sont en effet comptés.
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